La première impression d’Audrey, c’est que la rencontre avec un coach est aussi périlleuse que le choix d’une formation : les couloirs et les salons sont remplis de gens et viennent en tous sens, à nous de trouver notre chemin dans ce labyrinthe. Par bonheur, Marie a balisé le chemin.

– On commence par AXIS MUNDI.

– Pourquoi ?

– Comme tu as pu t’en rendre compte tout à l’heure, Patrick Amar a une bonne vue d’ensemble des formations.

C’est en 2004 que Patrick Amar a créé AXIS MUNDI, une société de conseil en management et en relations humaines. Il sait que dans une recherche, l’important est d’être systématique. Il lève le pouce : premier point.

– D’abord, c’est important qu’il y ait une formation initiale et continue parce que les questions qui se posent aussi pour tous les coachs en activité, c’est : Qu’est-ce qu’ils feront pour continuer à se former de façon régulière ? Ce n’est pas « one shot ».

Et de préciser son point de vue :

– C’est la relation qui guérit, c’est-à-dire que dans une formation au coaching, il faut apprendre des outils bien sûr, et ne pas perdre de vue le fait que fondamentalement c’est la relation que j’instaure avec la personne en face de moi, avec le coaché, qui va être décisive dans l’utilité, dans la pertinence, dans l’efficacité du coaching. Et ces formations sont aussi l’occasion, comme en créativité, de diverger puis de converger, d’ouvrir grand les écoutilles pour aller voir un certain nombre de choses, de brasser. Après, il sera temps de converger et de faire son propre style de coaching, d’accompagnement.

– Et quel est l’autre critère ? demande Audrey.

– La deuxième chose, dit Patrick Amar en levant l’index, c’est quelque chose qui doit être à la croisée entre théorie et pratique managériale, et théorie et pratique de la relation d’aide. On est dans un domaine dans lequel il faut une certaine prudence parce que la relation d’accompagnement fait que tous les jours, il y a un nouvel outil qui sort, et je crois qu’il faut bien aller voir quelle est la posture des gens qui enseignent dans ces formations.

Patrick Amar lève le majeur pour un troisième point :

– Bien entendu, il y a aussi la réputation de l’école : voir depuis combien de temps ça tourne, voir le réseau des anciens, aller aux réunions d’information et poser des questions, chercher des anciens qui ont fait cette formation… Il faut être capable de trier le bon grain de l’ivraie parce qu’il y a toujours un biais de la personne qui va faire en sorte de confirmer ses choix.

Audrey note à toute vitesse sur son calepin : formation initiale et continue, théorie et pratique managériale, réputation de l’école. Patrick Amar est très lucide.

– Les formations n’ont pas vocation à vous faire trouver un job. Vous savez, le paradoxe du coaching, c’est qu’on vit beaucoup plus de la formation au coaching que du coaching.

Marie et Audrey remercient chaleureusement leur interlocuteur : pour une entrée en matière sur les formations, elles sont gâtées. Mais il s’agit maintenant de vérifier au cas par cas ! Marie file dans les couloirs, s’arrête devant une porte.

– Coach’Motive, c’est ici !

Annabelle Dietrich est coach depuis 2010. Ingénieure agronome de formation, elle a été manager pendant 11 ans en entreprise. Comment a-t-elle choisi sa formation ?

– Je l’ai trouvée par hasard sur internet : l’Institut des neurosciences à Paris. J’hésitais entre le Dojo, Transformance et l’université. C’est la seule qui m’a proposé de venir participer à une séance. Les autres, elles, m’ont juste invitée à une réunion collective. Cela correspondait au budget et il y avait une bonne ambiance. Avant de choisir ma formation, j’avais aussi téléphoné à dix coachs pour savoir ce qu’ils pensaient des formations et certifications.

Elle a un bémol vis-à-vis de certains cursus.

– Il y a des gens qui se disent coachs connus et qui semblent tenir des propos en dehors de la déontologie pendant des conférences – coaching de 2 ans, critique des clients… Ils font rêver certains coachs qui démarrent mais tiennent des propos qui me choquent.

Juste le temps de remercier la Happiness profiler (ainsi que se définit joliment Annabelle Dietrich), Audrey et Marie arrivent au stand Transformance. Issue du milieu de la psychiatrie, Diane Daussy Hantz a débuté sa formation en 2003.

– Après lecture de livres sur le coaching, j’ai sélectionné trois écoles et choisi de rentrer dans une qui ne soit pas une chapelle. Je souhaitais une formation intégrative qui ne séparait pas le coaching individuel et le collectif.

– Qu’entendez-vous par « chapelle » ?

– C’est un endroit où on vous dit « Faites ça, il n’y a que cela qui est bien ». Transformance m’a semblé amener une ouverture d’esprit très large. Par exemple, on a travaillé sur l’entreprise libérée – Isaac Getz, Frédéric Laloux – ou intégré la théorie des neurones-miroirs. Vincent Lenhardt est très en pointe sur toutes les questions de l’entreprise et cela pulse des choses passionnantes. Je n’avais surtout pas envie d’un endroit où les gens viennent traiter leurs problèmes personnels sous couvert d’une formation au coaching. C’est pourquoi il m’a semblé très sain que Transformance demande qu’un travail de psychothérapie soit effectué pendant la formation.

Même si elle a créé sa propre structure, Connaissens, Diane Daussy Hantz est toujours enseignante chez Transformance. Vincent Lenhardt, son fondateur, profite d’un bref passage sur le stand pour insister sur un point : dès le départ, les prétendants à la formation sont avertis.

– Dans les conférences mensuelles où je présente l’école et la formation, je dis que cela suppose un gros investissement. Je parle de la thérapie, je dis que c’est un métier difficile. Cela fait une première sélection. Après la conférence, il y a un pilote – séminaire de 2 jours – qui permet d’aller plus loin : c’est un sas d’observation avec des coachs formés chez Transformance ou en cours de formation qui viennent parrainer les candidats en témoignant.

Pour ceux qui hésitent encore, il y a aussi des entretiens individuels, que Diane Daussy Hantz a pratiqués pour Transformance jusqu’en 2014.

– L’entretien de sélection, dit-elle, c’est déjà un rendez-vous de coaching : vérifier quel est leur projet et ensuite voir s’il est en adéquation avec la formation proposée.

 

Marie et Audrey reprennent un peu leur souffle. Audrey note dans son calepin un mot important : thérapie. Elle se promet d’y revenir avec l’un ou l’autre de ses interlocuteurs. Marie, elle consulte son smartphone : son agenda est conçu selon une précision quasi militaire.

– Transformance, c’est fait. Maintenant, Alter&coach. C’est de l’autre côté du lobby. Salon 4.

– Je n’aurais jamais imaginé courir autant ce matin !

– D’après ce que je vois, c’est un peu ça, le coaching : il ne faut pas hésiter à pousser des portes. Quitte à s’en prendre une ou deux dans la figure.

C’est bien ce qui est arrivé à Guillaume Thouvenel, ancien cadre financier, formé chez Alter&coach.

– Mon poste a été supprimé l’été 2013, je me suis retrouvé à la maison et j’ai été coaché dans le cadre de mon départ. J’ai passé quelques mois à descendre au fond du trou et puis un matin, je me suis dit : « C’est évident, tu vas être coach » et j’ai rationalisé a posteriori.

– Comment avez-vous choisi votre formation ?

– J’avais besoin de légitimité et l’idée d’avoir une plaque dorée avec « Coach D.E. », cela me rassurait. J’ai trouvé un fichier PDF avec quarante noms d’écoles. J’ai éliminé celles qui prônaient une technique : PNL, Gestalt… Les machines à fric, également éliminées : trop cher et formations supplémentaires à prévoir après la formation de base. Ensuite, cela a été à l’intuition.

– Votre expérience professionnelle vous a guidé dans ce choix ?

– En entreprise, ce que je ne pouvais plus supporter, c’était que l’aspect humain, créatif, intuitu personae était rejeté, dévalorisé au profil de process, de méthodes censées être reproductibles. Et quand une école proposait « Vous êtes de la matière brute, on va vous formater et vous allez avoir des process pour coacher », ce n’était pas pour moi. Ceux qui vendaient « On va vous apprendre une recette », c’était poubelle ! Il restait trois écoles dont deux universitaires. Le programme de Paris 2 m’a plu et j’ai rencontré Thierry Chavel car il avait coaché une personne de mon équipe. Je l’ai fait parce que l’intention de Thierry Chavel dans sa formation me convenait, avec un panorama de ce qui se fait, une invitation à prendre du recul et à critiquer même la technique pour savoir comment elle peut m’aider ou pas.

Thierry Chavel revient justement d’un autre entretien. Comme tous ses collègues, il est intrinsèquement guidé par la passion.

– Je crois au coaching holistique. Je ne crois pas à la segmentation du métier de coach : c’est de l’habillage marketing car, en réalité, on accompagne une personne dans son intégralité. Toute profession immatérielle a tendance à se raccrocher à des chapelles, des dogmes, des outils illusoires.

Audrey perçoit un certain agacement chez son interlocuteur.

– On vous sent critique sur certaines formations…

– Je crois à la maïeutique comme différenciant majeur entre le coach et le consultant. Je crois beaucoup au dévoilement du talent qui est déjà là. Là où les choses se compliquent, c’est qu’il existe en parallèle au coaching un marché pas très fréquentable : celui de la formation au coaching. Il génère beaucoup d’argent, à cheval entre la thérapie, le développement personnel plus ou moins new age, la spiritualité, la direction de conscience, la communication et le bien-être. C’est une espèce d’énorme nébuleuse. Du coup, cela fait rêver les gens qui se posent des questions sur leur avenir professionnel.

– D’où le nombre exponentiel de formations ?

– Avant, le réflexe était de faire un bilan de compétences, maintenant c’est « Forme-toi donc au coaching ! » La formation au coaching, c’est les marchands du temple. Dans ce métier comme ailleurs, il y a plus d’appelés que d’élus, beaucoup de gens à qui on fait croire qu’ils en vivront, et surtout beaucoup qui veulent accompagner les autres alors qu’ils ont surtout besoin d’être accompagnés eux-mêmes. Ces écoles proposent des stages à tiroirs très lucratifs, allant de 10 jusqu’à 60 stagiaires, et avec une promesse illusoire : devenir coach en trois mois, six mois, un an…

Voilà qui a le mérite d’être direct. Audrey et Marie remercient leurs interlocuteurs et se dirigent vers la salle à manger. L’heure du déjeuner approche à grand pas et rien de tel qu’un bon repas pour se mettre les idées au clair. C’est alors que Marie croise une de ses connaissances : Marianne Robert de Massy, qu’elle contacte régulièrement à l’Espace Dirigeants, un cabinet d’outplacement, pour accompagner des cadres en mobilité ou en réorientation de carrière. Marianne y est Executive coach – ou plutôt, comme elle aime à se définir, experte en impact relationnel – depuis 2007.

Et elle, au fait sur quels critères a-t-elle choisi son école ?

 

Prochain épisode N°8  : Suite de Quels critères pour quelle formation ?        

Chaque semaine, je publie deux nouveaux épisodes qui vous permettent de lire et de découvrir patiemment Socrate avait-il un coach. Si vous souhaitez aller plus vite, il suffit de cliquer ici !

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