Une surprise attend Audrey pour ce dernier rendez-vous de l’après-midi : alors qu’elle demande une bouteille d’eau au barman, elle réalise que l’atelier va avoir lieu… exactement là où elle se trouve, c’est-à-dire autour du bar. Les autres participants, qui prennent place sur les hauts tabourets, semblent aussi étonnés qu’elle. Devenir coach, c’est accepter de sortir des sentiers battus ? C’est bien le message que veut faire passer Nathalie Ducrot, l’une des animatrices de l’atelier, qui parle d’expérience.

– Pendant plus de vingt ans, j’ai eu une fonction de directrice générale au sein d’un groupe hôtelier. C’était un métier extrêmement exigeant en terme de temps et d’énergie. Lorsque je me suis posé la question de l’accomplissement de ma vie et du sens de mes activités au quotidien, j’ai ressenti un manque et une grande lassitude vis-à-vis du côté répétitif de mes fonctions. J’ai réfléchi à une réorientation professionnelle en me questionnant sur ce qui me passionnait vraiment. La réponse s’est imposée : j’adorais soutenir le développement des personnes et de leurs talents. J’ai erré un peu au départ, et j’ai entendu pour la première fois le mot « coach » prononcé par le psychothérapeute qui m’accompagnait dans cette phase de transition. C’était il y a plus de 15 ans et franchement, je n’avais aucune idée de ce qu’était le métier de coach. Je n’avais même pas imaginé que ça puisse exister dans le monde de l’entreprise.

Elle évoque les diverses formations qu’elle a suivies, PNL, analyse transactionnelle, systémique, et conclut :

– Je me suis découvert un potentiel utile pour les dirigeants et leurs équipes en utilisant mes forces personnelles autour du leadership – la capacité à mener des équipes et à puiser dans mon expérience pour soutenir les leaders. J’avais également exploré la motivation sous tous ses angles ainsi que les compétences de communication. A partir de ces trois piliers – leadership, communication et motivation – j’ai ajouté les compétences acquises par les approches psychothérapeutiques puis les approches spécifiques au coaching. Et je suis devenue coach…

François Souweine sourit : il a été l’un des formateurs de Nathalie Ducrot. Mais lui non plus n’avait a priori rien à voir avec le monde du coaching.

– De formation universitaire et pas diplômé de grande école, j’ai démarré comme ouvrier et agent de maîtrise avant d’être cadre chez Kodak. Du coup, j’ai touché du doigt ce qu’est l’estime de soi par rapport aux autres. A la cantine, il y avait des cartes de couleurs différentes selon le statut !

– Et comment êtes vous entré dans le monde du coaching ?

– A la fin des années 1980, j’ai créé une première école de formation de coachs puis une seconde en 2000, et enfin en 2003 j’ai créé l’Académie du Coaching avec François Délivré et Noëlle Philippe.

En regard de la longue pratique de François Souweine, le retour d’expérience de Caroline Jumelle, coach depuis un peu plus de deux ans, offre une mise en perspective intéressante. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’hier comme aujourd’hui, tous les chemins mènent au coaching.

– J’ai un parcours de classe prépa, d’école de commerce, j’ai fait HEC comme formation initiale. J’ai fait mes armes dans le secteur agro-alimentaire, sans humainement m’épanouir, sans développer la joie. Donc j’étais totalement en éveil sur le marché, et là, L’Occitane m’a ouvert sa porte pour les rejoindre en 2004.

S’ensuivent dix années d’épanouissement professionnel, et une volonté de creuser plus loin les relations humaines.

– J’ai eu envie d’être coachée moi-même, et quitte à être coachée, je souhaitais que ce soit par un coach hors du commun. J’ai vraiment insisté et fini par réussir à être coachée par Thierry Chavel.

Audrey Martin se souvient de la phrase de Thierry Chavel : « Coach, on l’est déjà ou on ne le deviendra jamais. » Visiblement, cette démarche a eu un impact réel sur Caroline Jumelle.

– Ça a été déterminant dans la mise à jour de ma vocation de coach. J’avais un style de management résolument humain, dans l’empathie, et assez inattendu par rapport à la caricature de l’« HEC de base », comme on disait chez L’Occitane. Donc mon choix de filière de formation au coaching est vraiment le fruit d’une rencontre, et puis l’expérience de l’efficacité du potentiel de développement d’un coaching expérimenté in vivo avec Thierry Chavel pour moi-même en tant que manager, alors que personnellement je n’avais pas eu de révélation dans des coachings d’équipe ou des animations de séminaires d’équipes par des coachs.

S’il fallait décerner le titre d’outsider du coaching, il reviendrait incontestablement à Carole Chabry, dont le parcours interpelle toutes les personnes présentes autour du bar – et sa voix mélodieuse n’est pas étrangère à l’attention qu’elle suscite.

– Après avoir obtenu un Premier Prix de chant au Conservatoire national de Musique et de Danse de Paris, j’ai mené une carrière lyrique d’une douzaine d’années qui m’a amenée sur de grandes scènes. Je dirais que cette vie d’artiste est une vie très riche qui nous offre l’opportunité de travailler avec des chefs d’orchestre renommés, d’incarner des rôles d’opéra et de voyager en s’immergeant dans d’autres cultures. Mais c’est aussi une vie qui est un peu loin de la réalité de tous les jours… Il me manquait le facteur humain, l’échange avec le public et son ressenti.

Elle se rapproche du monde de l’entreprise en 2009, lorsqu’elle prête sa voix au nouveau logo musical d’EDF. C’est le début d’une seconde carrière, où l’artiste se double d’un coach.

– Au cours de mes rendez-vous, j’ai rencontré effectivement des coachs et ils m’ont dit : « Vous avez une vraie valeur ajoutée, Carole, parce que vous venez du monde de la musique, du monde du lyrique, ça veut dire que vous avez sûrement appris des techniques pour juguler le stress, le trac et tout ça, et finalement pourquoi est-ce que vous ne créez pas un produit à destination de l’entreprise ? Vous pourriez nous donner les trucs qui vont rendre notre discours vivant, vibrant et impactant ! » C’est ce que j’ai fait puisque, aujourd’hui, je propose à l’entreprise des séances « Découverte de la Voix » sur 1 heure 30-2 heures à l’issue desquelles, lors d’un cocktail ou d’un dîner, je propose un mini récital lyrique d’une vingtaine de minutes. La vision des salariés et managers est double alors : ils me voient « de la scène à l’entreprise » ! La formatrice et l’artiste ne font plus qu’un.

Bruno Bolle-Reddat, directeur de l’école de coaching Agileom, a lui aussi une expérience artistique, mais côté coulisses.

– J’ai commencé ma carrière en tant qu’ingénieur du son en 1989 et accompagné des artistes en tournées et dans tous les pays francophones pendant 7 ans. Déjà à l’époque, je faisais du coaching sans le savoir. Je coachais les équipes locales et l’artiste, ce n’était pas explicite mais, en fait, cette partie humaine et relationnelle était attendue par le producteur.

Après quelques années dans l’informatique, il se forme au coaching. Pourquoi ?

C’est la croyance profonde que pour faire réussir des individus et des équipes, il y a autre chose à faire que de leur donner des objectifs.

Une question brûle les lèvres d’Audrey.

– Est-il possible d’être coach et psychologue ou psychiatre de formation ? demande-t-elle.

La réponse est oui : Diane Daussy Hantz, coach depuis une dizaine d’années, vient du milieu de la psychiatrie.

– J’ai hésité entre une école de commerce et médecine. J’ai choisi la psychiatrie pour avoir déjà un accès à la pathologie du travail et à ce qui pourrait me faire travailler en entreprise. Au bout de 15 ans de pratique, j’ai trouvé que les gens arrivaient à mon cabinet dans un état de stress assez avancé et je me disais que l’on aurait pu intervenir avant. Et quand ils allaient mieux, je ne les suivais plus alors que j’aurais aimé les accompagner dans le domaine de la construction et du développement.

– Et comment êtes-vous arrivée au coaching proprement dit ?

– C’est une voisine coachée qui m’a fait comprendre en 2003 que j’avais une approche coaching sans mettre le mot dessus.

Jacques-Antoine Malarewicz, consultant, médecin-psychiatre et spécialiste de l’approche systémique, partage quant à lui ses activités entre psychiatrie dans son cabinet et coaching en entreprise.

– J’au quitté l’institution psychiatrique en 1990 et j’ai alors appliqué la systémique au contexte de l’entreprise en tant que consultant. J’ai vu apparaître ce qu’on appelle le coaching et je ne me suis pas formé car à l’époque, il n’y avait rien. J’ai le sentiment d’accompagner l’émergence de cette pratique – je n’appelle pas cela un métier mais une pratique, un outil utilisé par des consultants.

Comme en écho, Carole Chabry conclut l’atelier sur une touche poétique.

– Un coach doit être profondément humain, toujours dans la bienveillance. Je ne suis pas psychologue ni psychanalyste, mais il est certain que l’ouverture vers la Voix c’est une ouverture vers l’âme, vers l’intériorité extrême.

 

Prochain épisode N°5  :  la suite de Un profil type pour devenir coach et réussir ?

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