Lorsque Marie et Audrey descendent pour le petit déjeuner, la salle à manger résonne déjà d’innombrables conversations. Elles se rendent directement au buffet pour se servir de bonnes tasses de café.

– Tu as bien dormi ? s’inquiète Marie. On a dirait que tu as dansé toute la nuit !

– Pas vraiment… J’ai beaucoup repensé à ce que j’ai entendu hier.

– J’espère que tu as gardé des forces pour aujourd’hui, parce qu’on va rencontrer pas mal de gens intéressants.

– Je te fais confiance.

– Fais-toi confiance d’abord, le reste suivra. Ah, il y a deux places libres à cette table. Bonjour messieurs, pouvons-nous nous asseoir parmi vous ?

Audrey et Marie prennent place. Audrey reconnaît Marc Drèze, qui vient de Belgique. Il est en grande discussion avec Michel Nadeau, dont le bel accent chantant arrive tout droit du Québec, et un nouveau venu, Michel Moral. Ce dernier est une référence en matière de coaching : il a écrit de nombreux livres sur la question. Audrey en profite pour l’interroger sur les formations disponibles. Bien qu’ayant passé un doctorat de psychopathologie, Michel Moral est centralien de formation : c’est donc un homme qui aime la précision chiffrée.

– Il y a 110 écoles de coaching en France avec des très petites – 2 à 3 personnes – et des facs avec une dizaine d’intervenants. Toutes les écoles sont différentes. Quant à celles spécialisées sur un outil, cela dépend si elles délivrent une démarche de coaching ou non. Si c’est juste l’utilisation d’un outil, ce n’est pas du coaching : il y a une différence entre savoir utiliser une scie et être ébéniste.

Michel Nadeau possède également un background scientifique, puisqu’il est ingénieur de formation. Même s’il est lui aussi féru d’exactitude, il admet que la question du choix se pose moins au Canada francophone.

– Chez ICF Québec, on est sollicités quelques fois par année par des gens qui envisagent de devenir coach. Comme il y a cinq écoles accréditées au Québec, notre problème est moins grand, je leur dis : « C’est à vous de choisir ». Elles font toutes des séances d’information, vous pouvez également demander à consulter leurs étudiants en dernière année, et les membres ICF… Ce qui est important, c’est que les écoles soient accréditées par ICF International. Elles ont toutes leurs couleurs, leurs approches. Il y en une plus orientée gestion, une autre sur le développement intégral, une autre avec une approche PNL. En 2007, je suis allé à l’école de Mozaik International qui a une filiale au Québec. Ce que j’ai aimé, c’est que ses formateurs provenaient de pays francophones avec un éclairage, une approche internationale et des outils différents.

– Il n’y a que des écoles privées ? demande Marie.

– L’offre en formations s’est élargie, il y a maintenant deux universités qui offrent un programme approuvé par ICF International. Pour la profession, c’est un jalon important car historiquement il n’y avait que des écoles privées. Cela amène une plus grande crédibilité à notre profession de coach. Cela va augmenter la professionnalisation de cet art qu’est le coaching.

Qu’en est-il de la Belgique ? Marc Drèze connaît bien la question, étant à la fois psychologue, coach et coordinateur du programme de formation au coaching au Centre pour la Formation et l’Intervention Psychosociologiques (CFIP) en Belgique.

– J’observe un intérêt accru des universités, et c’est peut-être l’amorce d’une certaine institutionnalisation. Je serais tenté de distinguer les écoles en trois classes : les universités, c’est assez récent ; des écoles d’initiative privée, avec des approches relativement mono-méthodistes – PNL, AT – et avec un nombre de formateurs limité ; et enfin d’autres écoles pluridisciplinaires avec des formateurs issus de courants et d’approches différents comme le CFIP. Nous assumons les contradictions et les complémentarités que cela peut impliquer.

Marie et Audrey échangent un regard entendu : choisir une école vers qui diriger leurs managers ne sera pas chose aisée. Car, pour reprendre la métaphore de Marie-Carole Lecercle : « Aujourd’hui, les formations, il en sort comme des champignons après la pluie. » Belle image, et bien des discussions en perspective !

Mais la question demeure : quelle démarche concrète faut-il entreprendre pour se former au coaching ? Audrey voudrait avoir une première indication. D’instinct, elle s’est senti des affinités avec Sylvie Moreau, ex-cadre bancaire, qui suit actuellement une formation à HEC. Comment a-t-elle choisi ?

– Je fonctionne beaucoup à l’intuition, explique Sylvie. J’ai rencontré beaucoup de personnes qui suivaient des coachings, des coachs, des personnes en RH… pour parler de ce qu’était vraiment le métier de coach. Qu’est-ce que ça veut dire au quotidien, concrètement, accompagner une personne ?

– Quelle était votre principale exigence ?

– Je voulais un programme certifiant et qui me permettait en un an de commencer à exercer.

– Le choix a-t-il été facile ?

– Je me suis assez vite fixée sur HEC. Encore une fois, j’ai suivi mon instinct. J’ai lu pas mal d’ouvrages de coachs, des articles… J’ai beaucoup regardé les sites internet… Ce qui me parlait le moins, c’étaient les formations qui tournaient autour d’une personne, d’une approche.

Et de conclure avec franchise :

– D’avoir été personnellement, humainement affectée par les dérives que peut véhiculer l’entreprise, ça aide à avoir un regard humain sur ce qui peut être vécu par les personnes coachées. D’ailleurs, pour HEC, c’est une des exigences pour intégrer le programme : il faut avoir travaillé en entreprise.

Mais l’heure tourne, et il est temps de se rendre au premier atelier de la journée. Marie et Audrey se sont partagé le boulot. Marie a rendez-vous avec Danièle Darmouni, d’International Mozaik, et Thierry Chavel d’Alter&coach. Quant à Audrey, elle a choisi l’atelier intitulé « Profils et compétences » animé par deux références en matière de formation : Patrick Amar et Vincent Lenhardt.

 

 

Quiconque désire se familiariser avec les métiers du coaching a forcément croisé le nom de Patrick Amar : il a écrit un « Que-sais-je » sur la question qui en est à sa sixième édition. Autrement dit, il possède une vision périphérique sur cet univers pourtant en expansion, et connaît très bien les profils des aspirants-coachs.

– Schématiquement, on a un premier tiers de consultants qui veulent rajouter « Coach » sur leur carte de visite. On a un deuxième tiers – entre 15 à 20 % – qui vient du monde associatif au sens large, c’est-à-dire coachs sportifs, dirigeants d’association loi 1901… qui ont besoin de mieux faire, qui trouvent que le coaching va les aider aussi à ajouter un petit peu d’étayage à leur envie d’accompagner. Il y a un autre tiers qui vient des anciens managers.

– Est-ce que ça va évoluer à votre avis ? demande un des participants.

– Oui, probablement, parce que c’était déjà visible il y a 10 ans. Je crois que les principales évolutions, c’est qu’on vient dans ces formations non plus tant pour trouver un job que pour aller chercher une posture de coach qui sera utilisable dans ce qu’on fait actuellement ou ce qu’on a prévu de faire.

C’est peu dire que Vincent Lenhardt connaît les écoles de coaching : il est reconnu pour avoir créé la première formation avec son école Transformance, et cela dès 1988. Chaque année, il voit passer des dizaines de futurs coachs. Selon lui, il y a trois raisons principales pour lesquelles on commence une formation au coaching.

– Les gens commencent à comprendre que c’est la relation qui représente entre 50 et 80 % des problèmes humains dans l’entreprise. La deuxième raison, c’est qu’ils aspirent à quelque chose qui soit plus humain. Ils ont envie de se développer en développant l’autre. La troisième raison, c’est que souvent ils sont en rupture, ils ont parfois été coachés.

Et d’embrayer sur les profils des élèves, qui est assez proche de l’analyse de Patrick Amar :

– Tous ne viennent pas pour devenir coach, ce n’est d’ailleurs pas la majorité – pas tout à fait un tiers. De toute façon, il est essentiel de combiner le coaching individuel et d’équipes avec un portefeuille d’activités : enseignement, formation, conseil… Un deuxième tiers concerne des personnes qui sont ou étaient dans des métiers de relation d’aide – enseignants, conseils, consultants – qui gardent leur métier et ajoutent Coach à leur carte de visite. Cela leur permet de faire du sur-mesure et de faire évoluer leurs activités. Le troisième tiers reste avec son métier mais le revisite à travers une culture de coaching qu’ils ont intégrée. Par exemple des chefs d’entreprises, même de haut niveau – startup, PME, filiales de grands groupes – qui viennent pour diriger autrement.

Yvon Chouinard, l’une des principales figures du coaching au Québec, souligne la montée en compétences des gens qui ont suivi ses formations.

– Dans les conférences qu’on organise au Québec, j’ai vu au fil des années une amélioration graduelle de la qualité des personnes qui font du coaching. On a de plus en plus de psychologues. Il y a maintenant des gens qui sont expérimentés, qui prennent le coaching au sérieux et qui veulent aussi se développer de manière continue. Il y a également beaucoup plus de coachs qui sont certifiés. Le problème, c’est que le marché commence à être un peu saturé.

Tous les participants sont d’accord : ceux qui suivent une formation sont de plus en plus nombreux, mais tous ne deviendront pas coach professionnels pour autant. Caroline Jumelle, qui vient de commencer son activité, est bien placée pour en parler.

– J’observe beaucoup de personnes qu’on a mises sur une rampe de sortie de l’entreprise, volontairement ou involontairement, et des personnes déjà sorties qui sont encore dans une zone grise de chômage, et qui caressaient ce projet-là.

Juliette Vignes, qui a pour sa part quelques années de pratique, partage la même opinion.

– A 40-50 ans, certains salariés sont usés, se posent des questions. L’école de coaching est une voie naturelle pour satisfaire des besoins de développement personnel. En même temps, elle peut avoir une valeur marchande. Une école de coaching est souvent une porte de sortie de l’entreprise après un parcours parfois difficile sur la fin.

Mais ces explications sociologiques se heurtent à un écueil, celui de l’aptitude réelle au métier de coach, comme le souligne Valérie Rocoplan, coach et fondatrice en 2003 du centre de formation Talentis.

– Les gens qui sont déçus de l’entreprise et qui n’ont pas une relation saine à l’entreprise, soit ils nettoient leurs lunettes et après ils se forment au coaching, soit ils vont en faire un système pour guérir de leurs failles et se venger après en coachant des managers. Ça fait des gens qui ne sont pas des bons coachs. Il y en a beaucoup.

Nicolas Bignier, formateur, conseil et coach, abonde dans le sens de sa consoeur.

– Lors de ma formation de coach à l’IFOD, je me suis toujours dit qu’il y avait un nombre significatif de gens qui « se plantaient » en voulant devenir coach, principalement parce qu’ils ne savaient pas écouter.

Michel Jolly, associé dans un grand cabinet d’experts-comptables, a un regard pragmatique sur la formation au coaching.

– Chez Grant Thornton, quelle que soit la formation de base de nos collaborateurs, nos parcours de formation intègrent des contenus sur les relations interpersonnelles, et ceci dès l’entrée en poste. Le coaching, c’est un peu la tarte à la crème : qu’est-ce qu’un bon coach, un mauvais coach ? Heureusement que tout ne dépend pas d’une formation de coach. Il faut laisser un peu de place à l’inspiration et à l’humain. Le nouveau coach qui s’est installé suite à un plan de licenciement et a suivi une formation pour se reconvertir, trouver une voie, ne fera pas un forcément un bon coach. Et il y en a beaucoup sur le marché aujourd’hui.

– Je vais citer une métaphore qui appartient à Alain Cardon, surenchérit Nathalie Ducrot. Une formation de base de coaching, c’est comme un permis de conduire, ça permet de se déplacer plus confortablement avec un véhicule plus rapide et plus efficace, mais pour être payé pour conduire, c’est-à-dire pour vivre du coaching, il y a encore bien des étapes. Allez-vous conduire par la suite un autobus, un TGV, un jet privé ou une navette spatiale ? Cela dépendra de qui vous êtes et de ce que vous allez ajouter dans votre boîte à outils.

Traduction de cette problématique par Lionel Costes, croisé pendant la pause devant une machine à café :

– On a beaucoup vendu cela aux séniors. On a formé des hordes de coachs. Pour nombre d’entre eux, ils ne coachent pas ou bien ils « coachouillent ».

Et si ce n’était pas suffisamment clair :

– J’ai parfois vu passer dans ces formations des personnes pour lesquelles il faudrait un diplôme « d’interdiction à l’accompagnement de qui que ce soit ». Au pire c’est dramatique, et au mieux cela ne sert à rien.

Et il repart très vite : il a rendez-vous au bar avec un DRH.

– ça, c’est dit, conclut Marie qui a rejoint sa collègue.

Audrey adore son franc-parler, mais est-ce que tout le monde est prêt à se faire bousculer de la sorte ?

– Tu crois qu’on pourrait travailler avec un coach comme lui ? demande-t-elle à Marie.

– Pourquoi pas ? Il faut savoir sortir de sa zone de confort.

– Avec lui, c’est garanti. Mais cette méthode ne convient pas à tous.

– C’est pour cela que nous avons rendez-vous avec des coachs et des écoles. Avant de proposer une formation à nos équipes, j’aimerais vraiment savoir comment eux, coachs professionnels, ont choisi la leur. Dépêchons, on doit en rencontrer un maximum avant le déjeuner !

 

Prochain épisode N°7  : Quels critères pour quelle formation ?           

Chaque semaine, je publie deux nouveaux épisodes qui vous permettent de lire et de découvrir patiemment Socrate avait-il un coach. Si vous souhaitez aller plus vite, il suffit de cliquer ici !

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