– Le coaching est une relation paritaire, ce n’est pas une relation de hiérarchie, pas une relation d’expert, pas une relation psychologique. Lorsque je forme des coachs, je ne vais pas leur dire : « Le coaching c’est cela, ce n’est pas cela ». Je vais les mettre en situation de découvrir en eux comment ils sont déjà coachs, dans une dynamique émergente éventuellement collaborative entre participants plus que face à un maître à penser. Dans mes formations, je leur donne une technique et ils l’utilisent jusqu’à ce que je dise stop. Au bout d’un moment, cela s’inscrit comme un réflexe. Puis j’en ajoute une autre, puis une autre encore… On apprend en faisant. Ensuite, on fait des enchaînements. En France, la tendance est de dire : si on explique le coaching, les personnes sauront faire, « Je pense donc je suis ». Contrairement à l’Américain, plus dans l’esprit « Je fais donc je suis ».

Il conclut sur le mode ironique.

– Il y a des écoles qui créent un contexte de dépendance, qui sont des chapelles exclusives, il faut consommer tous les modules, et c’est ce que j’appelle de la prise d’otage. Former, ce n’est pas enseigner « la coachingologie ». Les participants sauront en parler, mais ils ne sauront pas faire car ils ne seront pas rodés. Il faut au moins 300 heures de rodage pour démarrer. Si l’on fait une analogie avec un pilote de ligne, c’est un minimum.

Coach, un métier de haute voltige ? Belle définition. Mais l’heure tourne, et c’est Danièle Darmouni, directrice d’International Mozaik, qui est chargée de conclure ce cycle de conférences.

– Ce qui caractérise International Mozaik, c’est son approche généraliste et systémique, et non spécialisée dans une technique de coaching comme la PNL ou la Gestalt. On peut avoir de très bons outils, on peut avoir un doctorat de psycho, être analyste depuis très longtemps… le métier de coach c’est encore autre chose. Je n’ai jamais été impressionnée par les outils, mais plutôt par la façon de les proposer dans un contexte spécifique pour répondre à une demande client tout aussi spécifique : faire du sur-mesure plutôt que du prêt-à-porter. Il y a aussi des « intégristes » qui disent : le cadre du coaching, c’est ça ! Comme si les Tables de la Loi du coaching étaient un jour descendues du ciel… Ce métier est encore émergent et nous avons à le valider en continu par rapport à sa finalité. Le rôle de la supervision est ici essentiel.

Selon elle, le coaching peut s’assimiler à un artisanat, au sens le plus noble du terme.

– Dans la création de l’Ecole du Devenir, j’ai été inspirée par la démarche des Compagnons du tour de France. Je voulais que les stagiaires rencontrent plusieurs styles de coach pendant leur parcours de formation. A la fin, la personne fait son chef-d’œuvre, c’est son style, son approche, sa valeur ajoutée : cela se passe pendant le « rituel de certification », c’est-à-dire lors de l’écriture d’un texte de recherche action, pas une simple copie de ce qu’on dit sur le coaching dans les bouquins ou sur le Web, mais plutôt : « A partir de trois situations de coaching, voilà ce que j’ai découvert en revisitant mes pratiques. »

Olivier Dupuis espérait conclure sur cette superbe métaphore, mais une main se lève dans le public.

– Mais nous sommes au XXIème siècle, les mentalités ont évolué, tout va plus vite. Aujourd’hui, on peut même coacher à distance.

Danièle Darmouni en convient :

 Cela doit être financièrement très intéressant, mais nous avons choisi le « Présentiel en petits groupes » pour suivre chacun dans son évolution personnelle à travers une pratique régulière « tête – cœur – corps ». J’ai beaucoup vu mes collègues américains et leurs écoles. Certains cursus prévoient qu’on puisse se voir un peu. Ce que je sais, c’est que la supervision à distance marche, le coaching par téléphone ou Skype marche aussi.

Pas de chance pour l’organisateur : Danièle Darmouni a appuyé sur le bouton « controverse ». Philippe Mandon s’exprime avec sa netteté caractéristique.

– A distance, j’ai du mal. Je ne peux pas expérimenter grand-chose dans la relation à l’autre. On peut faire fi de la partie émotionnelle de soi-même et ne pas concrétiser cet espace qui naît de la rencontre du coach et du coaché.

Michel Moral a quant à lui expérimenté la formation à distance, et il n’y voit pas que des inconvénients.

– La formation que j’ai reçue chez IBM était à distance, par CTI. Il y a un certain nombre de choses que l’on peut faire à distance. La bonne dose serait de 60/70 %. J’ai enseigné à distance pour des interventions d’une demi-journée ou d’une journée. On est à peu près tous d’accord sur le fait que le non-verbal représente entre 95 et 98 % de la communication, même si on ne perd pas tout avec Skype. Les avantages sont que c’est moins cher et que cela rapporte beaucoup plus pour les écoles.

Yvon Chouinard apporte son éclairage « québécois », issu d’une conception des distances et des conditions météorologiques très différentes de ce qu’on connaît en France.

– Je suis davantage pour une formation en personne, mais ça ne veut pas dire qu’entre des formations en personne, il ne puisse pas y avoir des webinars, des formations à distance qui peuvent être en continuité avec ce qu’on a couvert en classe.

Le Belge Marc Drèze, quant à lui, rejoint Philippe Mandon.

– Nous sommes dans un monde qui a besoin de se ré-humaniser. Je pense qu’il s’agit de sauvegarder la rencontre réelle entre les personnes à la fois dans les formations et dans le coaching.

Le Québécois Michel Nadeau est sur la même longueur d’ondes.

– Au Québec, il y a un programme de formation en coaching qui est presque 100 % à distance avec des webinars. Dans une session de formation, ce qui fait qu’on devient meilleur, c’est l’expérimentation, le feedback en temps réel par le formateur et les participants. A mon avis, c’est très difficile de faire de l’expérimentation et d’obtenir ce feedback uniquement avec des webinars ou d’autres outils similaires.

La discussion s’engage, le brouhaha est général. Olivier Dupuis lève les mains : « C’est une question très pertinente, mais qui risque de nous emmener loin. Je suggère que cela fasse l’objet d’un débat ultérieur entre vous ! »

Et sur cette belle démonstration de coaching d’équipe, il propose d’aller prendre un rafraîchissement au bar avant d’embrayer sur la dernière table ronde de la journée.

Audrey Martin consulte son bloc-notes : elle a noirci des dizaines de pages sur la question des méthodes. Juliette Vignes admire l’effort, mais relativise.

– Le coaching, ce n’est pas une histoire d’outils, c’est une question de posture : comment j’interagis avec mon client ? qu’est-ce que je fais avec ce qu’il amène dans l’espace entre nous ? Les outils, cela peut donner des idées, rendre le truc plus puissant.

Frank Rouault, consultant et fondateur du cabinet de développement professionnel Pratical learning, acquiesce à la remarque de Juliette.

– En ce qui concerne les outils, attention au syndrome du « quand on a un marteau dans la main, tout ressemble à un clou ». Il n’y a pas qu’une posture ou une méthode qui soit la panacée.

Et Juliette Vignes de mettre le doigt sur la vraie question :

– L’école, c’est entre autres un moment de développement personnel qui passe par quelques fondamentaux. Mais cela ne forme que partiellement au métier de coach !

– Mais c’est quand même indispensable de valider les acquis, dit Audrey.

Juliette Vignes l’admet, mais précise un point qui n’est pas volontiers abordé par les directeurs d’école.

– Il y a tout un business autour de la formation des coachs : pas moins de 300 à 2000 euros par an et par coach pour continuer à se former, à être supervisé… Cela fait aussi partie des plaisirs et avantages de ce métier, se former et se développer sans cesse.

Elles prennent un café et vont s’installer dans des fauteuils. Mais Jacques-Antoine Malarewicz et d’autres intervenants ont capté quelques phrases, et il n’en faut pas plus pour que le débat sur la supervision des coachs s’engage.

Prochain épisode N°11  :Vous prendrez bien un peu de supervision ?

Chaque semaine, je publie deux nouveaux épisodes qui vous permettent de lire et de découvrir patiemment Socrate avait-il un coach. Si vous souhaitez aller plus vite, il suffit de cliquer ici !

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