Vous prendrez bien un peu de supervision ?

Jacques-Antoine Malarewicz a une jolie formule pour résumer la question de la supervision.

– Une formation sert à apprendre ce qu’il ne faut pas faire. Une supervision permet de toucher du doigt ce qu’il faut faire. Je supervise une bonne centaine de coachs et de consultants, soit en individuel, soit en groupes. Je forme également des coachs à la systémique en abordant différents points : le coaching individuel, de groupes et de binômes, la médiation, le travail avec les entreprises familiales et avec les personnalités difficiles… Généralement, ces étudiants sont déjà formés au coaching : ils sont soit en entreprise, soit consultants et utilisent plusieurs outils, dont le coaching.

Caroline Jumelle est convaincue de l’utilité de la supervision.

– C’est important d’être supervisé pour trois raisons : pour des raisons de sécurité, c’est-à-dire de sécurité de mes clients et ma propre sécurité, dans un souci de développement de mes compétences par formation au fil de l’eau pendant la supervision et puis aussi par souci de conformité au code de déontologie des fédérations professionnelles.

Diane Daussy Hantz, quant à elle, peut témoigner d’une longue expérience chez Transformance.

– Nous avons plusieurs organes de suivi : la supervision, une association qui réunit tous les anciens coachs Transformance et qui organise des conférences tous les mois et un congrès une fois par an, et enfin un réseau internet national et international avec des contenus et des échanges.

Visiblement, cette école accorde une grande attention au suivi de la formation.

– Les stagiaires font souvent des formations complémentaires mais adaptées à leurs besoins. C’est très diversifié et continu. Moi, j’ai démarré le coaching après une vingtaine d’années de pratique de la relation humaine et je ressens toujours le besoin de développer d’autres regards.

– Et au sein de votre propre cabinet ? demande Audrey.

– J’anime beaucoup de supervision de coachs internes et RH et j’ai aussi monté avec une autre coach une formation de coaching interne de 14 jours avec une supervision pour les suivre dès les premiers coachings.

Yvon Chouinard ne nie pas l’intérêt de la supervision, mais accorde une plus grande importance au co-développement, c’est-à-dire aux échanges entre pairs.

– Je pense qu’entre coachs, on apprend beaucoup entre nous. J’ai fait le pari que je trouverais la source principale d’information dans les conférences de nature internationale, en particulier la conférence du Institute of Coaching, à Boston, qui regroupe des coachs mais aussi des intervenants dans le secteur de la santé – des psychiatres, des psychologues, des infirmières – et qui oeuvrent dans des domaines autres que le mien. Cela me permet d’élargir mes horizons par rapport à la pratique même du coaching et de découvrir des domaines qui ne me sont pas familiers. Chaque mois, je me fais aussi un devoir de rédiger un article basé sur une recherche qui a été faite sur le coaching. Ça me garde à l’affût de tout ce qui peut se passer dans le domaine du coaching dans le monde. La formation continue, c’est aussi du co-développement selon la formule « Champagne – Payette ».

– C’est festif ? demande Audrey avec malice.

– Pas exactement, s’amuse Yvon Chouinard. Ce sont deux Québécois qui ont développé une méthode de co-développement qui est très structurée : un coach décrit une situation qu’il vit avec un client et qui présente certains défis. Selon la méthode, il est alors considéré comme un client et les autres coachs comme des consultants. Ces derniers posent des questions d’information pour mieux comprendre la situation sans porter de jugement. Lorsqu’ils pensent l’avoir bien comprise, le coach précise sa demande. Les autres coachs agissent ensuite comme des consultants qui retournent à leur bureau pour analyser la situation, et l’autre personne – le « client » – prend des notes. Après, nous revenons en groupe et nous demandons à la personne ce qu’elle retient de ce qui a été dit. On conclut : qu’est-ce qu’elle trouve d’utile pour gérer sa situation et est-ce qu’on a bien répondu à sa demande initiale ? C’est du développement entre pairs.

Chacun mesure à ce discours combien la démarche de coaching s’est professionnalisée de l’autre côté de l’Atlantique.

Marie-Carole Lecercle est elle aussi convaincue de la nécessité de partager ses connaissances, mais elle est un peu plus circonspecte.

– Aujourd’hui, je continue à me former de différentes façons par la supervision, les stages, et par les échanges entre collègues coachs. J’ai vu de nombreuses formations en co-développement qui se sont multipliées à destination des coachs qui démarrent, cela devient un business. Je trouve qu’on n’a pas besoin de payer, on peut tout à fait expérimenter entre collègues. Est-ce que tout doit être payant ?

Bruno Bolle-Reddat met les pieds dans le plat.

– La grande tendance, c’est la formation des superviseurs de coachs. Bientôt, on va avoir plus de superviseurs formés que de coachs en activité ! Rien ne régit la supervision jusqu’à présent.

Au risque de froisser quelques susceptibilités, Jacques-Antoine Malarewicz fait encore une fois preuve d’un sens certain de la formule.

– Il y a des velléités d’accréditation de la pratique de la supervision, c’est normal mais c’est dans une logique consumériste. Il existe même des superviseurs de superviseurs de coachs. Et après, on monte, on monte et on arrive à Dieu ! C’est un marché comme un autre, du business.

Le grand mot est lâché. Et précisément, la conférence qui va clôturer la journée est consacrée à l’un des aspects les plus importants, et les plus controversés, des formations au coaching : la certification.

Prochain épisode N°12  : Y a-t-il quelqu’un pour certifier ?

Chaque semaine, je publie deux nouveaux épisodes qui vous permettent de lire et de découvrir patiemment Socrate avait-il un coach. Si vous souhaitez aller plus vite, il suffit de cliquer ici !

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